18 mars 2019

50 ans de bouffes : Jean-Louis, je te nems

Par Le Barde et Bardibulle



Le temps est chagrin. Les grues sont plus timides dans le ciel. Le temps trop variable pour définir si le Nord se prête au Sud et inversement. Le printemps pointe apparemment son nez. L’arrivée sur le pré se fit par vague. Ainsi vont les humeurs de ceux qui courent. Les castors sont ainsi. Il y a ceux qui courent en toute saison, ceux qui mangent sans se trouver de raison… Le barde sera absent sur le synthétique, ses accélérations de mardi dernier ont porté torts à ses cuisses. Dudu, éternel a garé sa lanterne rouge. Cette dernière fait partie des phares sur le parking de Musard. Le castor dans le calendrier des castors est une pendule à lui tout seul. Son équilibre s’articule dans la constance de son va et vient. Son rituel est de mise, un tour de chauffe, trois tours d’étirements, 5 rounds d’observation pour choisir son camp. Le castor est technique et ne s’éprouve que dans la prise d’intervalle. Elle est bien étudiée pour mieux la malmener. Tarbes sur la carte s’est rapproché de Lourdes. Alban côté montagne reste une force tranquille. A peine remis de ses remonte-pentes enneigées. 

Le jeu ne chercha pas à inverser le pré. Nous restâmes sur le demi-terrain et nous alimentâmes les étirements de circonstances, des 5 mètres au 22 pour se chauffer, de l’en-but au 22 pour se tâter, des 5 mètres au 40 pour s’essouffler et d’aboutir sur de l’en-but au 40 pour enfin jouer. Luc et Croucrou en satellite, tournaient, tournaient en comptant les tours. Certains mesurent en mètres, d’autres en pieds, d’autres en minutes. Tout tient apparemment dans notre rapport à l’espace qui cherche à nous éloigner des marqueurs du temps. Les vieux des montagnes mesurent le temps en nombres de cigarettes fumées, le clepsydre n’est pas uniquement qu’un écoulement de sable, pour les castors, juste des tours de passe-passe !

Mozart prit place dans ses espaces et s’autorisa même une cascade qui nous rappelle que le toucher est un plaquer comme les autres. Il est de culture pour déstabiliser l’adversaire de s’appuyer en tout bien destructeur sur le métronome d’en face. Sans tête, le jeu n’a plus de jambes. JB en ayant vu d’autres, dépoussiéra les empreintes invisibles de la boue synthétique, défroissa son short et son maillot, décolla le malheureux percuté, compta ses deux genoux et reprit sa place comme si de rien n’était. Le solide est dans son relevé, à ne pas oublier. 

L’exploit du soir s’accorde sur une accélération du Tarbais à l’aile. Le jeu s’étire et peut quand le rusé affuté observe, profiter d’une absence de réaction défensive. Le trou s’articule entre deux joueurs. Y-a-t-il un trou entre le dernier défenseur et la ligne de touche ? La question mérite réflexion. Prendre le trou ne s’articule que lorsque deux paires de jambes sont en jeu. Autrement c’est un décalage. Freud sur le sujet confirme la version. Le fort clôt le débat des paires à l’aile. Le Tarbais a gardé son accélération en anaérobie. La frappe est unique et non reproductible. Elle se joue le long de la ligne. Nous rappelons que la pelouse est synthétique. Elle s’est poursuivie au grand désespoir du porteur de balle jusqu’au bout. Parfois, les chevauchées sont longues. Titi en tour de défense profita du spectacle. Nul ne sert de courir, quand on peut s’engager à point ! Le Tarbais après son aplati jeté, retourna dans son camp en rampant. C’est une question de physique je crois. A donner sans compter on remonte sans croire. Nous recherchons encore son second souffle. 

Le jeu fut dans l’actuel en passe, en parole et en faux en-avant. Un mardi comme on les aime. Un vrai 7 sur 7 à l’ancienne. 

La douche du réconfort et le convoi s’orienta sur une autre prise cette fois-ci du fameux trou…

Il était là, comme une évidence, lui l’ancien trois-quart aile, converti en troisième ligne, qui fit les beaux jours de Léognan, remportant un titre de champion de Côte d’Argent, en honneur, avec un certain JB à la baguette. Et de baguette, il fut question en ce 12 mars, puisque Jean-Louis Corsenac, fidèle à lui-même, ce qui est le moins que l’on puisse attendre de tout un chacun dès lors que cette fidélité n’est qu’altérité, et fidèle à la tradition, nous transporta dans une Asie culinaire pour laquelle JB, qui sait ce que baguette veut dire, a une affection toute particulière, en sorte que nos deux compères poursuivaient un lien qu’ils avaient noués sur le pré dans la proche banlieue bordelaise. 

Tout commença par des nems, avec les sauces de circonstance, les feuilles de menthe et de salades, dont les uns et les autres entouraient leurs nems afin de le tremper dans lesdites sauces. C’est donc par le Vietnam que nous entreprîmes ce périple asiatique, le nem tirant son étymologie du vietnamien nem rán pâté frit, de nem, pâté, et de rán, frit. 

Le nem fut apprécié comme il se doit. Pas un de rester en plan, lors que nous l’accompagnions d’un Sabit rose, tant le rouge est peu propice à ce pâté de riz nimbé de porc ou de crabe ou de crevette. J’ignore si les poules d’Amelie l’eurent apprécié, de toute manière Amélie n’était pas là, au grand dam de Jean-Louis.


Puis, nous passâmes en Chine, où le porc se caramélise afin de mieux se mêler au riz, où le bœuf est émincé, parfumé de saté, et servi avec du riz cantonais qui, contrairement à son nom, doit très peu à la région de Canton et constitue, en quelque sorte, un universel. Il est, d’ailleurs, appelé riz sauté en Chine 炒飯, et non pas cantonais. Pioupiou et le vieux quatre parlaient peu tant ils étaient en harmonie avec ces offrandes, comme si ces petits bouts d’Asie leur procuraient une certaine sagesse ; le goût du silence, étant le début de la sagesse.

La seule touche occidentale tint au fromage dont l’Asie est peu familière, en sorte que Pépé s’inquiétait, craignant de ne point pouvoir profiter de ce qui constitue la trame indéfectible d’un dîner à la Française. Comté, camembert ornaient donc la table. Foin des baguettes en bois pour saisir ces traces d’identité heureuse, et place à la baguette bien française, avec le couteau pour étaler la chair fromagère sur la mie, encore que certains peuvent y aller du couteau et de la fourchette si, d’aventure, leur éducation les profila de la sorte ; on n’échappe pas à ses racines.

En dessert, une salade de fruits, d’Asie comme il se doit. En l’occurrence, des litchis mais aussi le fruit du Jaquier(ou Bōluómì 菠萝蜜), et un autre encore, de couleur orange, dont le nom nous échappe, et peu importe, car il n’est pas besoin de nommer pour aimer. Ainsi pouvez-vous vous laisser bercer par le chant d’un oiseau sans connaître le nom du volatile qui va son trille. Au bout du compte, c’était, selon toute vraisemblance, de la papaye, le plaisir d’écrire nous fait jouer, parfois, avec la réalité ; et c’est très bien ainsi, n’est-ce pas ?

Il n’y eut pas de mahjong sur le comptoir, pas davantage de jeu de go, non la belote demeurait de rigueur, et elle vit Hamilton la dominer une fois de plus, ne laissant que de pauvres miettes aux uns et aux autres, de pauvres miettes. 

En devisant avec la nuit, comme il rentrait chez lui, sous une pluie giboyeuse, pendant à Grozan, Pépé songea à ces vers de Lao-Tseu :

« Le saint ne réserve rien :
en agissant pour autrui, il possède davantage ;
en donnant à autrui, il multiplie
davantage encore sa richesse. »

Les mauvaises langue, bien à tort, diront que le bon docteur n’était pas un saint. Il l’était à sa façon, et de la plus belle des manières.

07 mars 2019

50 ans de bouffes : La Dynastie de Jeff en muraille d’échine

Par Le Barde et Bardibulle


Toujours cette douceur printanière. La sève monte, le renouveau guette. Il y avait d’ailleurs beaucoup de jeunes pousses sur le pré. Le printemps est castor. Ce n’est pas Simone qui aurait dit le contraire. Nous ne sommes jamais floués par le printemps, sauf lorsque les giboulées sont de la partie. Mais de giboulées, il n’y avait point. Et le pré s’offrait à nos courses juvéniles.

JB trottinait. Dudu avait la main heureuse ; sa passe est toujours aussi suave. Le bardibule interceptait en se jouant de la gonfle. Quel art ! Joss imposait sa puissance, Alban avait un petit, tout petit air de Codorniou. Et Perdigue allait tel un taureau furieux sur l’herbe synthétique. Notre Barde fit une apparition car sa cuisse lui rappela qu’il n’est pas Jupiter. Son jeu à une patte ne peut rivaliser avec un jeu à deux pattes. Perdigue de soupirer « Le Mille pattes, lui il ne peut pas se claquer… (un silence le temps pour compter le nombre de pieds sans hémistiches et de conclure dans une logique qui lui appartient …) Plus on a de jambes moins on a de têtes !». Heureux de cette libre association, le vendangeur continua sa gambade bien sur ses deux pattes. La nature a ses têtes. Dommage car sur son entrée, le Barde s’envolait. Questions d’anatomie et d’ailes je suppose. La plume est zélée, cela va de soi.

Jeff, tout sourire, était commis aux exigences rituelles de la chère. Elle ne serait pas triste. Son goût pour Mallarmé ne franchit pas les fourneaux. Son entrée avait des relents du Nord avec ce hareng, parsemé de carottes en rondelles, d’oignons et nappé d’une sauce à damner tous les saints. La Jacouille y ajouta sa touche de cornichon. Un hareng sans son Cucurbitaceae ne saurait être un hareng. Pépé était aux anges. Il n’aime rien tant que le Clupeidae. Bien sûr, bien sûr, il avait des pensées pour Grozan. La salade verte était de rigueur.

Du hareng a l’échine de porc, il n’y a qu’un pas. Surtout lorsque l’échine est cuite à la bière. De l’échine de porc à la bière, c’était une première. L’un des membres de la famille des solonacées, autrement dit la pomme de terre, accompagnait l’échine. Quelques carottes encore, comme un trait d’union. L’assemblée se régalait.

Le lancer fut cataclysmique. Guitou se dressa, vitupéra et tout redevint calme. Coco en cure n’eut pas à souffrir cet outrage. Jeff a une bonne nature. Comme toutes les bonnes natures, elle est parfois enflammée. Nous fûmes éblouis sur la nouvelle technique de Pépé pour réceptionner la soucoupe. La marque est déposée. L’attraper se fait entre la tête et le béret. Technique et sublime. Gloire à Pépé. Cet exercice est fait uniquement par des castors expérimentés et des cascadeurs entrainés. La direction se dégage de toutes responsabilités sur les amateurs qui chercheraient à répéter ou imiter la manœuvre. Merci de votre compréhension. Et de toutes façons, seuls Jacquouille et Pépé sont habilités et outillés par leur couvre-chef naturel !

Une tarte, une simple tarte aux pommes en conclusion. Réchauffée. Avec une pâte mince. Rien que de très ordinaire. Pas de chichis chez Jeff. Juste ce qu’il faut. Une philosophie bien plus sage que son lancer.

La belote de comptoir fut un désastre pour Dudu. Sa main ne fut jamais heureuse. Le pré n’est pas le comptoir. Le bardibule, lui, était en verve. Il nous gratifia d’une superbe super baraque. Une manière d’intercepter la chance et de la saisir. Un art.

La nuit nous reçut avec délicatesse. La nouvelle petite étoile de la constellation des castors nous couvait d’un œil tendre. Amélie avait pris des restes de pain pour ses poules et remontait la rue de Bègles le sourire aux lèvres. Hamilton et Guitou chevauchaient leur monture, l’une jaune, l’autre rouge. Et Jeff se disait que les lendemains qui chantent commencent dès aujourd’hui.

04 mars 2019

Adishatz Franck

Par Le Barde



Franck Kloz, Grozan, docteur Knock, vient de se faire la belle. Il était le vis-à-vis de Pépé à table. C’était un béciste de cœur et d’âme. Sa voix portait ; elle était chaleureuse. Mais derrière sa bonhomie et sa gouaille se cachait un être profond et tout d’altérité. Il n’était pas disciple d’Hippocrate pour rien.
Depuis quelques années, il n’était plus parmi nous. La faute à cette maladie qui vide progressivement la tête. Un comble pour quelqu’un qui l’avait bien faite. C’était un fidèle entre les fidèles. Nombre d’entre nous ont des anecdotes sur Grozan. Il nous laisse des souvenirs joyeux. Le souci de l’autre l’emportait, chez lui, sur le souci de soi. Franck était un épicurien. Il aimait le bon vin, la bonne chère, le Havane. Et le rugby. Autant pour le jeu que pour la fraternité qu’il permet. Il aimait aller voir jouer le XV de France, le panier plein de tout ce que sa discipline condamne lorsque l’excès est de mise. Mais une vie sans excès n’est pas une vie.
Franck était plein de sagesse et savait les saveurs de l’existence. La camarde est bien cruelle ces derniers temps pour les Castors. N’importe, le souvenir est présence. Et la présence de Franck, parmi nous, est de chaque instant. Nous ne pouvons pas ne pas avoir une pensée pour nos tendres vieux. Franck, c’était quelqu’un. Chance de l’avoir croisé.
Notre constellation compte une étoile de plus.
Nous vous préciserons la date, l’heure et le lieu de l’enterrement dès que nous en serons informés.