26 octobre 2020

Le trou co(n)vid: Pas de bougie-woogie avant nos prières du soir

 Par Le Barde et Bardibulle

Lolo était aux anges en ce matin d’anniversaire. « C’est le temps des balances et de l’aventure murmurait-il. Le 19 octobre est le 292e jour de l’année du calendrier grégorien, le 293e en cas d’année bissextile et il reste 73 jours avant la fin de l'année. C'était aussi le vingt-huitième jour du mois de vendémiaire dans le calendrier républicain, dénommé jour de la tomate. Je suis né le même jour qu’Auguste Lumière, et ça me va bien. Ne suis-je pas une lumière auguste ? »

Le soleil était de mise. Après avoir tendrement embrassé sa Caro, il prit sa trottinette électrique et s’en alla, chantant, vers son bureau. En chemin, il croisa Croucrou, l’autre natif de la balance. « Que le cul te pelle mon tendre plâtrier, va vers tes chantiers l’âme sereine, nous allons accomplir la destinée des balances. Et sur le fléau de la balance nous pèserons le pour et le contre. Le pour hait le contre sauf lorsqu’il s’agit d’être tout contre les bras de la beauté. Ah ! Que la beauté m’enlace et que les jours ne soient plus que des pétales de rose. »

Le pré est loin. Le temps passe et l’ovale ne tourne plus rond. Dehors il pleut. Le castor en déprime regarde sa queue. Elle est plate ! Rassurant de voir enfin une constante. Un grain microscopique et un monde se renverse. Même la pala n’est plus là. Le trou est en quarantaine.  Les idées fusent et le bureau a validé le télé-rugby. Le principe est simple il suffit de télécharger l’appli cramponsmasqués#69loindutrou pour savoir si à proximité un castor est en complainte. Le tarbais tape sur le bon bout et met le doigt sur le haricot de providence. Saura-t-il garder sa feinte des Pyrénées ? Sergio pleure devant son écran. Flo a jeté ses doodle. PiouPiou cuisine dans son appartement. Ses gratons joignent l’avale à l’ovale. C’est une manière dyslexique de lutter contre la déprime. Le castor s’occupe comme il pleut. Certains montent d’un cran et toujours personne pour souffler sur la bougie. L’appli est là pour nous dire où nous en sommes. Devant notre portable. Jean Phi accélère entre ses rangées de vignes libérées, elles de tout pépin et de ses feuilles d’hiver. Ces allers-retours font tranchées. Perdigue en bon poilu annonce que la douche on s’en branle et pour courir il est partant. Un stagiaire qui ne court pas c’est un comme un Coco sans Lala. Le meilleur reste avenir, con se le dise.

Et pendant ce temps-là, Pépé regardait son potager, Amélie caquetait, Titi pinsonait Toto, chaque matin faisait la danse du COVID en susurrant « Non, tu ne m’auras pas ». Quant à Coco, il astiquait ses boules. Le cochonnet est éternel. Il lui suffit d’un peu de terre. 

07 octobre 2020

Le trou co(n)vid: Cogito ergo atchoum…

Par Le Barde et Bardibulle




Jacouille vitupérait contre ce maudit virus. Le trou lui manquait. Il confiait aux livres sa solitude. Jusqu’à ce vieux missel qui trainait dans sa cuisine. « Tout est dans l’Apocalypse se disait-il, mais à tout prendre, rien ne vaut les pages des évangiles consacrées à la résurrection. » Alors, Jacouille espérait. Il rêvait des charcuteries inouïes, le vieux quatre chantant un lieder de Schubert, et le Tcho mimant les oiseaux dans les branches. Le retour sur terre était un peu rude, mais l’espoir demeurait. « Je vais aller faire, dès demain, mes dévotions à notre dame du trou se promit-il. » 

L’ère ne se prête pas aux prières mais bien aux statistiques. La courbe des gosses bien alimentée par le ballon aplati ne peut faire face aux chiffres qui en mal traduits nous isolent. Le détail pour certains promet un salut. Loin d’être en vin publicité son Sabite. Du coup, le chiffre comme les autres font l’enfer.
Oups, comment trouver l’algorithme le plus proche d’une diversité non masquée? L’universel est bousculé par le minuscule du détail et se réplique vers de nouveau sans avenir. Prof et l’équipe des castors scientifiques travaillent sans pression. Le bar est fermé car Peter ne déconne pas avec les gestes bar d’hier. La recherche pourtant ne compte plus ses heures pour trouver la fameuse formule du bonheur. Prof sans atchoums se lasse de ne pouvoir vider un punch dans l’évier de son sein trou. Ils sont où mes castors chéris qui ont su me pardonner de cet acte sans pensée ? L’automatisme n’a de raison que lorsqu’il se répète. Et l’unique ne fait plus croyance. L’ellipse n’a pas de secret pour une mathématique empirique, ainsi que la vache sacrée qui tire aussi tout son jus de son pi. L'érudit se tarde à retrouver le festin d’un cuistot de bouffe. Pourquoi j’ai pris option mathématique et pas philosophie ? L’antidote n’est-il pas le trou en soi ? L’unicité universelle dans cette période de solitude collective mérite bien un cogito de plus. « Je me teste donc je suis ». Et la folie donne au négatif un semblant de positif. Piou Piou de sonner « Je rêve du trou donc je suis ! ». Son rêve le soutient et le nourrit sans binaire. En effet, l’imaginaire sublime son réel. Il troque son couvre-chef de l’entonnoir inversé pour la connaissance.
Qui croire en ce monde sans contact ? En se rapprochant certains cas le deviennent et alimentent le trou sans castor. Le maudit se retrouve sans mot. Et pour parler il faut respirer. « Un air sans partage » pleure Jacouille qui s’emmitoufla de son parka aux couleurs du trou. Le blason est sur le cœur. D’autres le portent à l’épaule. Tout est affaire de boutique. Le vieux est triste. Il remonte la fermeture pour couvrir comme il se doit son menton. Nous devinons une barbe naissante. La déprime à parfois le poil long. Le masque est une excuse de plus pour cacher une tristesse d’époque. Le masque couvre son nez. Le béret sur la tête. Seul son regard du coup fait face au déluge. L'automne est dehors du coup il pleut, il s’en fout sa queue plate est fait pour ça ! Il ferme la porte du trou. Pour garder les pieds sur terre, autant marcher la tête en bas, soupira-t-il. Et le voilà en direction des capus rejoindre le chemin de ses pas. 

Guitou s’accoutumait au temps qui passe. Le Tao en poche, il était zen. « Il ne sert de rien de vitupérer se disait-il, ce qui est est ». Nourri de ses profondeurs, il arpentait, souriant et à bicyclette, la ville verte désormais, sans omettre de saluer les passantes. Certes, le trou lui manquait aussi, mais il savait que, tôt ou tard, la vie reprendrait son cours. Et de siffloter la belle vie de Sacha Distel, comme l’on sifflote un Saint-Estèphe. 

Jean-Phi, lui, se désespérait. Faute de Musard, il zigzaguait parmi les règes. Serpenter est un art qui ne souffre pas la moindre interruption. Jean-Phi préparait son retour. Titi, à Quinsac, s’abandonnait à ses langueurs amoureuses, bercé par les tendres remous de la Garonne. Et lorsqu’il quittait le nid nuptial, il faisait vrombir sa moto. 

Régis rongeait son frein. En bon Bardibule, il rimait. Il rimait les mardis défunts, le trou garni, les belotes de comptoir, les viandes de Jacouille, les cancoillottes de Titi. « Rien ne dure. Ce qui est ne sera plus. Viendra l’aurore. » Et fort de ses pensées gigantesques, il composait. 

« Je vais aller à confesse » se suggérait Perdigue. « Le rationnel, je m’en branle ». Hegel a beau dire que tout ce qui est rationnel est réel et tout ce qui est réel et rationnel », il se fout les doigts dans le nez. Et Perdigue débutait ses patenôtres en implorant le Très-Haut. 


Pendant ce temps-là, le Prez scrutait l’avenir. La nuit surtout. Et, souvent, il jetait un regard implorant vers la constellation des castors. Raymond, le bon docteur et consorts le rassuraient. Bientôt, semblaient-ils dire, c’est affaire de patience mon Prez.