13 juillet 2018

Guigui

  
 
Guigui était un être protéiforme. Il avait fait sienne cette pensée de Montaigne : « L’unisson est la qualité du tout ennuyeux ». Il avait de nombreuses passions ; c’était un être mêlé.
 
Son goût pour l’éducation anglaise le prédestinait au rugby et au golf. Au rugby, on le surnommait la mobylette ; il allait très vite et possédait des appuis de feu. Il officiait à la mêlée ou à l’aile. Puis, il s’adonna toujours plus au green, le corps las des vicissitudes ovales.
 
On l’appelait aussi le gendarme. Il avait fait ses armes dans ce corps et avait maintenu cette flamme en restant d’active. Et il n’était pas rare qu’après avoir fredonné la musique de la série de films chère à Louis de Funès, nous l’achevions par un Cruchot retentissant. Plus rarement nous entonnions aussi la tactique du gendarme. Guigui souriait, heureux et reconnu par ses pairs.
 
Guigui était un homme de vin, attaché à sa maison familiale de Lugagnac où nous fûmes nombreux à partager la joie de son mariage avec Héléna. Il arborait, ce jour-là, sa tenue militaire de rigueur. Les cerises étaient merveilleuses.
 
Le vin de Guigui était à son image, tendre et robuste. Guigui aimait la bonne chère. Qu’elle soit girondine ou méditerranéenne. Il goûtait la finesse et détestait le superflu. Il rapprocha la Chine de nos vignobles. Au pays de la dynastie des Tang, le vin est aussi une culture. Seuls les sots n’y voyaient goutte. Il aurait aimé ces vers de Li Bai : « Si vous saisissez la signification du vin, Ne la révélez pas aux sobres gens. »
 
Il avait ses habitudes océanes. Du côté de Lacanau. Les pins, le parfum des pins, le ramenaient vers son enfance. Lorsque nous taquinions la gonfle sous la baguette du Général, nous fûmes quelques-uns à profiter de son hospitalité canaulaise.
 
Il n’était jamais avare de bons mots et de blagues. L’humour était, chez lui, une manière de vivre, d’être. Ses yeux pétillants en témoignaient. Il n’appréciait rien tant que de nous confier ses dernières trouvailles au bord du comptoir.
 
Il fut toujours des nôtres. On ne le voyait plus beaucoup. La faute à ce maudit crabe. Nombre d’entre nous l’entourèrent. Nous savions sa fin proche. La vie est une garce de nous l’enlever si tôt.
 
Il va retrouver notre hutte, là haut dans le ciel. Une jolie hutte ou quelques queues plates l’attendent. Il ne sera pas seul. Campo lui chantera la gitane. Nous lui chanterons le doigt depuis la terre ferme.
 
Guigui veillera sur nous. L’éternité, par définition, se moque du temps.
 
Les queues plates te saluent Guigui.

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