11 avril 2012

Le cuistot de la semaine, l'art de la table

Par Le Barde (faute de gueule du cuistot, sa table et ses piquillos)


Je n’étais pas à Musard mardi. Je peux donc rendre compte de ce qui se passa sous le pré. Je sais seulement que le pré fut bref, faute de lumière. La lumière, de toute manière, elle était au trou où Walid était de service.

La table est un art ; Walid est son Matisse. Certes, Matisse privilégiait le bleu. Encore qu'il eut sa période fauve. Walid, lui, il aime le rouge et le blanc ; c'est affaire de drapeau. Walid, il est libanais. Ainsi avait-il disposé sur la traditionnelle nappe blanche que les vieux étalent avec tant de grâce chaque mardi,  une nappe rouge. Et le cèdre me dira-t-on ? Le cèdre, il gisait dans la salade. Car la table était servie lorsque nous pénétrâmes dans le trou. Dans chaque assiette blanche, trois piquillos rouges étaient délicatement assemblés autour d'un bouquet de salade illustrant le vert qui sied au cèdre. Il y a du cèdre dans la salade (l’inverse n’étant pas vrai), n’en déplaise aux botanistes à la noix.
Walid, il est graphiste, il sait agencer les formes : signes ou mets. Walid sait y mettre les formes en somme. C’est pour cela qu’il est Waaaaaaaaaaaaaaaaaliiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiid. Quant au long cornichon assorti d'un petit oignon, j'ignore ou feins d'ignorer ses sources.

La ratatouille n’est pas familière au pays du cèdre. Ni le porc. Walid osa pourtant l’une et l’autre. Le porc n’était pas du mouton, n’en déplaise à Jean-Philippe. Le porc était en jambons. Deux jambons de porc pour une tablée fournie. Et beaucoup de ratatouille. C’est dans la ratatouille que l’on fait le bon porc chuchota Loulou encore tout chamboulé par son périple chinois (Nous eûmes d’ailleurs droit à quelques photos de Guillaume. Nous exigeons un reportage.) Pioupiou y allait de son os, comme Charlot de sa canne. Sauf que Charlot, il n’a jamais rongé sa canne alors que Pioupiou il ronge souvent son os à défaut de son frein.

Le lancer d’assiettes fut d’une rare perfection. Du moins à ses débuts. D’une main fine et précise, Walid dardait les précieuses écuelles vers des mains accueillantes. Nous étions loin du bombardement du tarbais. Il arborait une mine satisfaite, Walid, certain de ne jamais rater sa cible. Las, du côté des vieux, ce fut la bérézina. Quant à Seb, il vit son verre se faire décapiter sans que la moindre goutte ne salisse sa chemise immaculée. Chapeau le libanais. 

Pour le fromage, bien qu’inquiet quant à ses effluves douteuses, Walid réussit son coup. Mais c’est surtout du dessert dont il était fier. Une crème au lait surmontée de chocolat. Une crème de maître. Une crème d’enfant. Les enfants sont nos maîtres, c’est bien connu. Il était tout guilleret Walid et nous si gloutons. Surtout Croucrou. Croucrou, il aime la crème. Et il lançait des regards énamourés au Walid de son cœur. Il y avait quelque chose de très tendre dans ce regard. Rien à voir avec celui de Charlus pour Morel. Non, c’était un regard pur, un regard d’enfant. 

A défaut de What Else, le toulousain servit le café. C’est bien quand il y a le toulousain. Et sous une nuit chagrine, les castors regagnèrent leurs pénates.

1 commentaire:

Perdigue a dit…

Quelle table magnifique, j'en ai le slip qui colle.
Bises.