11 mai 2011

Le cuistot de la semaine, lanceur de disques

Par Le Barde


J’avais dit que j’userai du blog pour pourfendre l’injustice qui, parfois, règne sur Musard, le mardi soir.
J’avais dit, la rage au cœur, que j’userai de la fable pour dénoncer la partialité et les privilèges que s’accordent certains afin de mieux parader sur le gazon sec de Musard, que cette fable aurait pu s’intituler la gazelle et le panda (pourquoi le panda me direz-vous, et bien en hommage, d’abord à Loulou que l’on ne voit pas assez, ensuite parce que le fait de ne pas courir aussi vite que la gazelle n’induit pas que l’on soit sans charmes), et que nul ne contestera le fait qu’un panda est moins véloce qu’une gazelle (et épargnez-moi de grâce le coup du lièvre et de la tortue).
J’avais dit à Walid que je dirai bien des choses, que j’épancherai mes regrets et mes doléances et que Jean-Bernard, oui Jean-Bernard, le passeur sublime, le Villazon de la béchigue, il était d’accord avec moi.
J’avais dit que… mais dire n’est pas faire, et pourtant, il y aurait tant à faire pour mettre un terme aux dires superflus, frappés du sceau de l’aveuglement le plus bas, qui s’éparpillent sur Musard le mardi soir, sur les déséquilibres patents entre les protagonistes du toucher, sur ceux qui ont l’illusion de croire que les plus que cinquantenaires gardent leurs jambes d’antan et se plaisent à être transpercés par des cannes juvéniles, même s’ils parviennent par la grâce de leur gestuelle, ô Jean-Bernard, ô Titi, à rivaliser de temps en temps avec leurs adversaires qui, pareils aux troupes d’Attila, ne laissent plus que des touffes d’herbes desséchées sur le gazon désormais maudit.
Je n’aurai jamais du dire que… car je ne saurai ignorer, en ce beau matin de mai, que la sagesse doit guider mes propos, alors je ne dis pas, je dis de ne pas dire, et au bout du compte, peut-être en dis-je trop ; seul le lecteur s’il est parvenu jusqu’à ces ultimes lignes de dépit pourra le dire, mon semblable, mon frère, et c’est bien parce qu’il est mon semblable, mon frère, que je chasse le spleen qui s’était emparé de moi.

Heureusement, Vannier sévissait au trou hier. On craignait l’épicé attentatoire aux estomacs les plus blindés, l'axoa redoutable qui embrase les palais les plus blindés ; l’on eut rien de tel. Tomates en entrées. Simplement des tomates. Des tomates toutes simples. Avec du grenier médocain accompagné de tout petits piments, tendres et doux, moelleux à souhait. Du poulet, il y en eut, nappé d’une sauce jaune pigmentée de noir, qui faisait passer le riz un tantinet compact qui accompagnait le poulet en sorte qu’il ne resta pas de poulet et beaucoup de riz, d’ailleurs Jean-Philippe Saby ne cessait, avec son accent vietnamien prononcé de chuchoter : « Vannier, il est pas bon ton riz Vannier, hi ! hi ! il est pas bon ton riz Vannier ». Mais Vannier n’en avait cure. Et pour dire les choses crûment, il s’en branlait. Et c’était un spectacle assez fascinant de voir Jean-Philippe chuchoter sans fin son chapelet en psalmodiant « Vannier, il est pas bon ton riz Vannier, hi ! hi ! il est pas bon ton riz Vannier » lors que le grand quatre impassible poursuivait sa besogne, dodelinait de la tête et du cul, dansait, en servant ses frères, les mains tendues vers le ciel, implorant je ne sais quel hypothétique dieu.

Il y eut alors un long et profond silence. Le temps des assiettes était venu. Et le temps des assiettes avec Vannier est un temps redoutable. En somme, le castor avait peur. A juste titre. Ô le terrible fracas des « disques » sur le carreau. Car Vannier, sans doute épris d’un olympisme tardif, s’inspirant de toute évidence de la statuaire grecque, lançait les assiettes comme les grecs lançaient le disque, sauf qu’il n’était pas prévu dans la Grèce antique que quelqu’un réceptionnât le disque, alors qu’au trou, c’est ainsi que les choses se passent. N’importe, il est beau Vannier lorsqu’il lance le disque. Si bien qu’il lui fut demandé illico de nous dévoiler ce que les athlètes grecs ne cachaient pas, parce que, en ce temps-là, le naturel était de mise, et que l’on vit le naturel de Vannier. Et Jean-Philippe, toujours réfugié au pays d’Ho Chi Min l’indomptable s’écriait : « Il est pas mignon Vannier hi ! hi ! il est pas mignon ». Tout ça pour arriver au fromage qu’en bon basque Vannier nous servit avec une confiture de myrtilles. Enfin, ce fut le temps de la fraîcheur avec les fraises servies dans un grand compotier blanc, et le champagne. « Il est gentil Vannier hi ! hi ! il est gentil » s’exclama Jean-Philippe attendri.

Il y eut même une petite belote de comptoir pour conclure la soirée. Une gentille belote, avant que les castors ne se fassent la belle dans une joile nuit étoilée de mai.

Aucun commentaire: