20 mai 2009

Le cuistot de la semaine, cochon qui veut

Par le Barde


En guise d’incipit, je confirme de manière définitive que nous sommes dans l’année du porc. Mais j’y reviendrai. Il y eut d’abord Musard. Comme d’habitude. Cette belle soirée de fin de printemps avait attiré du beau monde. Guitou n’était pas là. Et quand Guitou n’est pas là, les castors dansent. D’ailleurs, Walid avait un je ne sais quoi de Fred Astaire sur la pelouse sèche et poussiéreuse du terrain fétiche des ex damiers. Et Eric (Léonard) avait des allures de Gene (pas Grace) Kelly. La conjugaison de ces deux styles rendait leur équipe imbattable. En sorte qu’elle donna une leçon de rugby à des opposants d’une rare maladresse. Si Guitou avait été là, nul doute qu’il aurait pris le parti de la grâce et mis sa foulée dans les traces de Fred et Gene (pas Grace), avec son petit côté Noureev.
Le trou, hier, était un peu plus habité que de coutume. Nous avions, en effet, invité, quarante ans obligent, notre parrain : Guy Accoceberry. Un neuf comme on en fait plus ! Ah ! la charnière Deylaud-Acco lors de la tournée en Nouvelle-Zélande de 1994 ! Nostalgie quand tu nous tiens. Une autre surprise nous attendait. Pinpin était là (Bruno Pinsolle pour la jeune génération). Il avait déserté ses amours chevalines pour un mardi. Mon cher Pinpin, le castor n’est pas ennemi du cheval, dis le toi une fois pour toute. Enfin, de retour d’une tournée triomphale aux Etats-Unis, Saby (Jean-Christophe) était bel et bien là.
En parlant de castor, Bonnet (Philippe) nous dévoila, si besoin en était, qu’il est un artiste. Notre petit Rodin a sculpté de ses mains un castor en bois qui trônait sur son socle (en bois bien sûr) au milieu de la table. Loulou ne put s’empêcher de laisser une trace sur l’animal fétiche avec un stylo. Je vous laisse imaginer où il situa son intervention tout en rondeur. C’est l’année du cochon vous dis-je. Et Loulou est un gros cochon. En fait, on pourrait écrire la fable du castor, du cheval et du petit cochon. Mais je ne suis pas La Fontaine. Je m’en remets à Perdigue qui, au bout du compte, ne l’est pas davantage. Alors, je m’en remets à Croucrou, mon Esope, ma muse.
Quant aux fourneaux, c’est Hervé (Delage) qui officiait. Il sacrifia donc à l’année du cochon. En entrée d’abord, avec un pâté à vous damner le pion (et non pas le fion comme l’aurait écrit Loulou qui décidément est bel et bien un gros cochon)). La légèreté : une salade de tomate avec un thon incongru. Quand on est cochon, on le reste. Suivit un rôti de porc bien sûr, et de premier choix, avec son accompagnement de légumes : petits pois et carottes. Rien que du classique en somme. Mais un classicisme assumé assure. Et Hervé assura avec une rare générosité. Le bougre avait vu large et dut rejoindre la nuit avec deux rôtis sous le bras. (Voir la chanson de Brel).
Quelle adresse au lancer d’assiettes. Pinpin ne put s’empêcher, toutefois, de glisser dans une oreille attentive (la mienne) que, de son temps, on attrapait les assiettes d’une seule main. Seul Lolo paraît respecter une tradition perdue. Une prochaine réunion de bureau devra statuer sur le devenir du lancer d’assiettes. Question fromage : un coulomiers, et non pas un Colomier, n’en déplaise à Hamilton (voir prochaine plaquette des quarante ans). Question dessert : un gâteau au chocolat et sa crème anglaise, classicisme oblige. Le vin était de premier choix. Saby oblige. La soirée s’éternisa un peu au trou. Ce qui est rare (et donc cher). Ces discussions de comptoir valent tous les ateliers philosophiques du monde. Au comptoir du castor, la pensée, la vraie, est reine. Une pensée aérienne, parfumée, saugrenue, mâtinée de manzana et de houblon. Puis, la nuit reprit ses droits. Amen.

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